« Une grande fierté, pour moi, de recevoir le prestigieux et important prix littéraire d’Haïti ». Ronald C. Paul a laissé éclater sa joie de remporter haut la main le prix Deschamps 2018, la 45e édition initiée depuis 1975 par la Maison Deschamps. Pour son dernier cru : « La couturière de Martissant ». La proclamation des résultats par la présidente du Jury, Mme Evelyne Trouillot, n’a créé aucune surprise parmi ses membres : le roman de Ronald C. Paul, à l’unanimité, a remporté la palme sur les cinquante-cinq manuscrits déposés. Pour, au moins, quatre raisons : l’appréciation de l’œuvre par l’ensemble des membres, l’histoire fascinante du roman, une plongée dans une tranche de l’histoire sociale et culturelle du pays, l’émotion et le goût que le sujet a suscités.
Le lauréat a reçu un chèque de la 150 000 gourdes de la Maison Henri Deschamps. En plus, mille exemplaires complèteront la prime. Par la même occasion, il rejoint le comité du jury. Il y devient membre pour une année. Pour décider du prix 2019.
Il faut noter que Ronald C. Paul n’est pas à son coup d’essai en matière de récompense littéraire, en mars 2015, il avait reçu le premier prix Éthiophile pour son roman « Les enfants des cyclones », publié aux éditions Le Soupirail. Ce prix porte la marque des écrivains, universitaires français et francophones.
À la salle Bellevue de l’hôtel El Rancho
La Fondation Lucienne Deschamps a reçu le public select à la salle Bellevue pour la proclamation du prix littéraire Henri Deschamps 2018, le lundi 22 octobre. La cérémonie a donné l’occasion au secrétaire général de la Fondation, M. Peter Frisch, de souligner comment les éditions Deschamps ont réussi à conserver, depuis 1975, la tradition pour encourager la production littéraire parmi les jeunes écrivains et créateurs du pays. Cette année, le jury a reçu cinquante-cinq manuscrits, dont douze écrits en créole, couvrant tous les genres : roman, nouvelle, poésie.
Peter Frisch a remercié les membres du jury : Mme Evelyne Trouillot, Kettly Mars, André Vilaire Chéry, Evens Welch, Saïka Céus, la lauréate du prix Deschamps 2017 pour son roman d’expression créole « Tifi » ainsi que Marie Laurence Jocelyn Lassègue qui a joué le rôle de M.C. de la soirée. Il a également remercié l’assistance composée de quelques parents de la famille Deschamps, des amis du lauréat, et surtout des membres de la presse pour une couverture de l’évènement, en première de l’entrée littéraire.
La Couturière de Martissant
Ronald C. Paul a posé une question bouleversante dans « La Couturière de Martissant » : Comment une femme peut-elle vivre deux vies ? Son mari travaille aux Gonaïves dans une usine internationale « Sedren » ; l’épouse reste à Port-au-Prince, sous le régime des Duvalier, s’est « mise » avec un autre jeune. Son homme a fini par la découvrir. Toute l’histoire romanesque s’est construite autour des quiproquos suscités par le régime duvaliériste des années 70-80. À la fin, vers 1987, le fils de la femme et son père, absentéiste, ont fini par se rencontrer. Sans connaître le lien parental. Pour vider leurs différends. Les deux ont péri, brûlés, au cours de leur altercation. La populace les a pris pour des « macoutes ». Durant cette période, (1986-1987), cette dénomination n’était pas la bienvenue.
La lecture de deux extraits du livre par Daniel Marcelin sur une tranche de vie à Martissant et d’Emmelie Prophète sur le rêve de Gisèle a affûté l’intérêt du public à lire ce nouveau cru Deschamps 2018.
Le lecteur n’a qu’à patienter. Jusqu’au mois de décembre 2018 pour se procurer le dernier né littéraire de cette institution vieille de 120 ans. En attendant : « Gardez la monnaie. »